Nous nous sommes trouvés

(Someone to be the guy?) On me demande régulièrement à quoi ça ressemble, une relation de six ans passés. On me questionne à savoir si on se chicane souvent, si j’ai déjà eu envie de partir et si c’est terrifiant d’envisager passer sa vie entière avec quelqu’un. Quelques fois, j’ai l’impression d’être une bête une foire, qu’on m’interroge un peu comme on le ferait pour un survivant de la guerre ou avec un grand brûlé : les yeux ronds, épris d’une curiosité sans égal et pesant nos mots pour ne pas froisser l’autre. Parfois, on dirait qu’on me pose ces questions comme si on se magasinait un hôtel dans le sud, et je me sens obligée de vanter ma relation à l’autre pour le convaincre que ça vaut la peine, un peu à l’instar d’une agente de voyage. Puis, d’autres fois, il semblerait que mes amis cherchent à me regarder faire de loin, analysant tranquillement s’il vaudrait le coup d’embarquer eux aussi dans une telle folie. Un peu de la même manière que si je m’empiffrais dans les bonbons en vrac d’un dépanneur sans payer ou que je sautais par-dessus une clôture : je suis la première à me lancer et on veut s’assurer que je ne me casse pas la gueule avant de me suivre.

Mais le fait est que l’amour est loin d’être comparable à l’expérience de conduite d’une voiture X. Il s’agit d’une aventure beaucoup trop singulière, personnelle et subjective. Diam’s l’aura chanté neuf ans auparavant : l’amour ne s’explique pas. Il se vit.

Je dirais que nous nous sommes trouvés tous les deux et que nous nous sommes aidés à nous trouver nous-mêmes. Deux adolescents en quête d’identité, seuls et au centre du monde, partout et nulle part à la fois. Nous avons fait d’une pierre deux coups et tu as changé ma vie du tout au tout, c’est vrai. Il m’est arrivé à maintes et maintes reprises de penser et penser encore à ce qui serait arrivé si nous nous n’étions pas rencontrés. J’en suis venue à cette conclusion : nous aurions, peu importe la tournure des évènements, réussi à rejoindre l’autre. C’est que je ne peux concevoir que le presque tiers de mon existence ne tenait qu’à un message texte ou à un pas de moins dans la rue, vous connaissez forcément l’effet papillon. Le fatalisme de cette pensée suffit à faire dresser le poil sur mes bras. Si c’est le cas, à côté de quoi d’autre pourrions-nous passer en ce moment même ?

Les débuts d’une relation sont particuliers. Tu te lèves d’un trait chaque matin avec cette personne à l’esprit et c’est comme si chaque journée était plus belle que la précédente. Tu as des idées plein la tête, tu détiens toute la motivation du monde entre tes mains. Les moments que tu passes avec l’autre sont indescriptibles, ça passe par le cœur et ça se ressent jusque dans le ventre. Puis viennent éventuellement les premières disputes. Pour ma part, les plus difficiles d’entre elles me faisaient l’effet de l’annonce de la perte d’un membre ou de la mort d’un proche. Et je n’exagère en rien, c’est bien ça le pire ! Je pense que lorsque l’on aime, la force de chaque émotion est multipliée par un milliard. Particulièrement la peine, le désespoir. Mais c’est peut-être l’adolescence aussi. Vient un temps où tu connais l’autre plus encore que le fond de ta poche. Attention, ça ne veut pas dire qu’il arrête de nous surprendre : il peut être imprévisible, il suffit de savoir que ça fait partie de lui. Il n’en reste pas moins que tu es capable de prédire ses réactions, tu sais comment le rendre heureux et le fâcher aussi. Tu pourrais citer ses goûts sur le bout de doigts et tu te surprends à finir ses phrases bien souvent. Tu sais repérer quand il ment et tu ressens très (pour ne pas dire trop) profondément quand quelque chose ne va pas. Je crois que l’on pense souvent à tort que l’on le ou la connait à la perfection, alors que c’est un processus bien plus long que l’on puisse imaginer. C’est que l’on évolue comme personne et qu’il faut forcément avoir évolué avec lui ou elle pour pouvoir en dire autant et avoir vécu et compris la dynamique jusque dans sa moelle, à mon avis. À un certain moment, nous avons troqué le nombre et la fréquence de papillons dans l’estomac pour une stabilité, une confiance inégalée en l’autre et une complicité forte en intensité. Ce que je veux dire, c’est qu’à défaut de baver à la vue de celui que nous aimons, nous avons compris que nous étions dans sa vie pour y rester et que peu importe les circonstances, nous nous tiendrons. Nous sommes prêts à tout tous les deux, même à tomber. Mais seulement si c’est ensemble, car ça fait moins mal en équipe, comme n’importe quoi d’autre. Car c’est ce que nous sommes, une équipe. Et je ne doute en rien que nous pourrons gagner toutes les courses, tous les concours du monde toi et moi. À tes côtés, je ne me sens pas seulement plus forte, mais invincible. Partager son malheur, son épuisement, ses joies et ses buts… Pour une personne anxieuse comme je le suis, avec un petit manque de confiance en elle-même peut-être, c’est tellement significatif.

Forcément, une relation comme la nôtre change, comme les individus que nous sommes. Ce qui n’a pas changé et qui ne changera jamais, ce sont les fous rires. Parfois, c’est parce que nous nous taquinons sur quelque chose que nous avons a dit ou fait, d’autres fois, parce qu’un inside datant de trois ans refait surface ou même encore parce qu’il m’est impossible de rester en place sur le divan de cuire fraichement ciré et que ça me fâche davantage que je trouve ça drôle. Ce sont les matchs de lutte improvisés dans le lit ou un peu partout dans l’appart. Même si je t’ai déjà cassé une dent, tu m’aimes quand même. Je ne me souviens pas trop de cette fois-là, en revanche, je suis certaine que tu le méritais. Ce sont ces débats à savoir qui des deux devrait choisir la musique que nous écoutons dans la voiture. Et tu gagnes toujours. Ce sont ces teamwork du genre «tu-plis-mon-linge-pendant-que-je-fais-mon-lunch-après-on-se-tappe-un-marathon-de-squelettes-dans-le-placard». Ce sont ces moments où je sommeille et que tu te plais à me parler. Le savais-tu, que t’étais fatiguant et pas juste un peu ? Le lendemain, on rit davantage à se raconter nos conversations divagantes de la veille. Ce sont ces films d’horreur que je loue sous prétexte que je les ai trouvés dans la section des suspenses. Maintenant que nous y sommes, avoue-le dont que ça te fait peur. Ce sont ces gros déjeuners que nous préparons sur un coup de tête après une grasse matinée passée à se minoucher. Ce sont les nuits où nous délibérons à savoir qui devrait aller fermer la lumière alors que nous sommes tous deux étendus dans le lit. J’y pense, t’es-tu déjà levé ne serait-ce qu’une fois pour ça ? Ce sont ces petites voix d’enfants que nous adoptons quand nous nous parlons et ces surnoms tous plus douteux les uns que les autres que nous nous donnons. Chaque fois, nous espérons que personne ne nous ait entendus par peur de se faire interner. Mais dans le fond, j’irais n’importe où si c’est avec toi. Sérieux. Ce sont ces soirées que l’on passe à encourager l’autre quand il ne croit plus en lui-même et qu’on fait une liste non-exhaustive de ses réussites. Mais inévitablement, ce sont aussi ces fois où tu laisses les armoires ouvertes derrière toi et que je fais trop de bruit le matin, ces journées où nous ne sommes pas parlables l’un comme l’autre et ces reproches que nous nous faisons pour tout et pour rien. Puis, j’espère que ce sera l’hypothèque, le nom de nos enfants, leurs frais de garde et l’achat d’une roulotte, parce que nous avons hâte d’être à la retraite et de vivre au camping de mai à septembre. La Floride, dans une autre vie peut-être : nous n’avons jamais fait les choses comme les autres de toute manière. Je suis fière de ce que nous sommes devenus, ensemble, tant comme individus que couple.

Je ne sais pas si c’est ainsi que ça se passe pour les autres. Du moins, puisque vous vouliez savoir, c’est comme ça de mon côté. De notre côté. Nous sommes deux personnes imparfaites qui vivent une relation peut-être certes un peu banale aux yeux de certains, mais qui vaut tout l’or du monde pour nous. Mais ça, ÇA, ça ne se vit pas avec n’importe qui. Nous nous sommes trouvés, et je m’en réjouis.

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